Franchement, quand Carole m'a dit qu'elle se remettrait bien au Cobol, que le Cobol c'était l'avenir, et tout et tout, je me suis dit qu'elle avait dû péter une fibre optique. Parce que quand-même, je me souviens bien que du temps où je bossais dans une filiale de banque avec un gros système sous CICS, les informaticiens programmaient en Cobol et aussi en Assembleur, et je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.
— Carole, que viens-tu de me dire là ? Tu veux qu'on fasse un article sur le Cobol dans Internénettes ? Le Cobol ? M'enfin, ça a plus de quarante ans ce langage, c'est complètement dépassé ! C'est bon pour les AS400 ! Rien à voir avec les Nouvelles Technos ! On doit être à la pointe, dans la rubrique « Savoir » d'Internénettes. Je ne veux pas me couvrir de ridicule. Tu comprends, on est un webzine sérieux.
— Du calme, rigole Carole, contente de son petit effet. Laisse moi te prouver que le Cobol est loin d'être dépassé. Et d'abord, est-ce que tu sais ce que ça veut dire ?
— Heu ....« Completely Obsolete Batch Oriented Language » ?
— Mais non ! Ca c'est sa réputation dans le monde High Tech snob d'aujourd'hui. C'est vrai que le Cobol, « COmmon Business Oriented Language », est né en 1959, ce qui fait un sacré bail. Mais tu as raison en ce qui concerne le batch. En effet, lorsqu'il a été inventé, c'était pour traiter les données et les fichiers des entreprises « en batch », c'est à dire par lots, la nuit. Le matin, quand les gens arrivaient au boulot, ils avaient l'information produite pendant la nuit par les gros ordinateurs IBM qui avaient fait tourner le programme. Du sûr, du robuste, de l'agricole. Mais c'est ça qu'il faut pour les entreprises ! Par exemple celles qui doivent imprimer des chèques ou des relevés de compte comme les banques, ou éditer des fiches de paie en masse, ou même... des feuilles d'impôt. Dans ce cas, pas de fignolage qui tienne, c'est l'efficacité qui doit primer . Évidemment, puisqu'on parle d'efficacité, c'est une femme qui l'a inventé.
— Une femme ? Comment s'appelait-elle ?
—Grace Hopper. Elle travaillait pour l'armée américaine pendant la guerre, mais c'est plus tard, chez IBM où elle dirigeait l'équipe de développement, qu'elle a inventé le Cobol, premier langage compilé. Un langage qui met l'accent sur les structures de données, la lisibilité, la portabilité des programmes, et qui utilise une syntaxe proche de l'anglais courant, ce qui le rend particulièrement apte
à écrire les applications commerciales. Près de 60 % des programmes qui tournent dans le monde sont écrits en Cobol, quand même ! Ca fait plus de 7 milliards de lignes de code !
— Mais sur des gros systèmes ! Ca ne va pas pour des PME, ça.
— Justement si, et c'est là qu'est la révolution actuelle ! Maintenant le Cobol est possible sous Linux, ce qui le rend accessible à tout le monde . Tu vois, quand les Nouvelles Technologies sont apparues, c'était une aubaine pour les PME. Ça leur a permis de profiter de l'informatique, à l'instar des plus grosses boîtes, parce que ça nécessitait des compétences moins spécifiques. Mais les nouvelles technos avaient complètement zappé les langages de gestion ! Java, c'est pas du tout fait pour la gestion, par exemple. Ce n'est pas pratique, on ne peut pas manipuler simplement les données et surtout les fichiers. Pareil pour Excel ou Access, c'est très bien pour manipuler les données, d'accord, mais ça oublie la gestion. Va-t-en imprimer ta fiche de paie avec ça !
— N'empêche, « Cobol », ça évoque toujours les bandes perforées des débuts de l'informatique...
— Oui hélas, parce que les gens ne savent pas que ça tourne maintenant sur des systèmes open source. Et ne te moque pas des bandes Caroll s'il te plaît.
— Les bandes Carole ? Qu'est-ce que tu as encore inventé ?
— Mais non, « Caroll » , avec 2 L, pas « Carole » ! C'est le nom des bandes perforées dont tu viens de parler. Avant d'êtreélectroniques, les programmes étaient écrits sur ces bandes en accordéon qui ressemblent aux cartons perforés pour les orgues de barbarie, qui eux-mêmes viennent des métiers à tisser Jacquard qui datent du XIXe siècle ! Chaque bit correspondait à une perforation. Ensuite ça a tourné sur les gros systèmes IBM dont tu parlais, sous CICS, et aujourd'hui en open source. Mais tu vas rire, on programme toujours avec la vieille notion de « saut de page » ancestrale qui date des bandes Caroll !!
— Donc, si les PME se mettent au Cobol, elles peuvent enfin personnaliser leurs programmes de gestion, les faire tourner sur un ordi tout simple, éviter la sous-traitance, être plus efficaces et faire des économies ?
— Exactement. Et pour les informaticiennes ou ciens qui connaissent le cobol, il y a plein d'opportunités de boulot ! Alors remettez-vous au Cobol, les filles !!
Carole a parlé de Cobol à Elisabeth
pendant le dîner du 7 juin 2003
Photo :http://www.limonaires-fournier.fr/presentation_fr.htm Il y en a tout une collection, allez voir, c'est magnifique ! Et on peut même écouter « le petit vin blanc » en prime.
Sites intéressants :
Histoire des bandes perforées
Livres sur la programmation Cobol
Structure du Cobol
Histoire du Cobol