UN FIER CHAMEAU *

Quel fier chameau m’a conduit en Annan
En trois longs jours ! Voyage suffocant…
L’air transportait une fine poussière
Dont la rouille se plaisait, teinturière,
À imprégner de roux mon vêtement.

Et jamais il n’arrêtait, lancinant,
Le sifflement éternel de ce vent
Qui rendait sourd à la voix familière.
Quel fier chameau !

Dans ce pays tout enfant de dix ans
Reçoit inscrit sur un caillou d’argent
Tout le destin de sa vie passagère
Qu’il prend, si vil qu’il soit, à la légère
Car il s’en fout, s’en sachant innocent :
Quel fier chameau !

* Écrit dans le cadre de Zazie Mode d'emploi 2006 (réécriture d'un texte d'Hervé le Tellier)